Dakar 2009 – Entrevue Pilotes 26 déc.
David Frétigné (Fra – 12 – YAM)
« La moto a progressé, et moi aussi »
Au guidon de sa Yamaha 450cc, David Frétigné part avec un handicap face aux pilotes d’élite engagés sur des 690cc. Pourtant, il a été le premier à tenter le pari de s’aligner sur le Dakar avec une petite cylindrée, tout en visant le haut du classement. 5ème en 2005 à Dakar, « Fretos » a aussi remporté quatre spéciales sur le rallye. Il ne compte pas s’arrêter là.
David Frétigné, quel type de préparation avez-vous privilégié dans les semaines précédant le Dakar ?
Je ne fais que de l’entraînement sur sable, avec une moto d’enduro, comme si je me préparais pour le Touquet. Nous allons à plusieurs dans le sud-ouest, du côté de Langon notamment, où l’on trouve des terrains tout à fait adaptés. Généralement ce sont de très grosses journées, assez éprouvantes physiquement. Il y a donc un moment où j’arrête complètement, pour préserver l’énergie.
Votre Yamaha a encore évolué cette année. Cette progression sera-t-elle suffisante pour concurrencer les favoris de la course ?
Les derniers essais que nous avons faits avec la moto sont très encourageants. D’ailleurs, j’ai gagné le Shamrock avec cette moto, et Olivier Pain a également gagné avec sur le rallye de Tunisie. En 450cc, ce qui compte c’est d’améliorer la fiabilité de la machine. Et cette année nous avons installé une nouvelle ligne d’échappement qui devrait nous permettre de moins solliciter le moteur, et donc de l’économiser. C’est très bon signe. Alors mon objectif, c’est de monter sur le podium, puisque je me suis déjà classé 5ème. Je crois que c’est plus envisageable que les autres années, puisque la moto a progressé, et moi aussi.
Le changement de continent pourrait-il jouer en votre faveur ?
Nous ne savons pas exactement à quoi nous attendre, mais il se peut que les pistes soient un peu plus sinueuses qu’en Afrique. Ce serait évidemment très bon pour moi, mais il sera de toute façon très dur de jouer placé. Pour rivaliser avec Coma et Despres par exemple, il me manque des confrontations plus régulières avec eux. En pure technique, je n’ai rien à leur envier. En revanche, ils ont une grosse expérience de la navigation.
Wulfert Van Ginkel (NLD – 503 – GINAF)
« Les meilleurs en Afrique seront les meilleurs en Amérique »
Il y a deux ans, Wulfert van Ginkel avait échoué à la plus mauvaise place, au pied du podium (4e). Impatient d’en découdre, le Batave affiche ses ambitions, à la veille de sa sixième participation au Dakar.
Comment aborde-t-on les jours qui précèdent immédiatement la course ?
Nous sommes très impatients. Depuis que le camion a pris le bateau pour l’Argentine, on ne peut plus s’entraîner à piloter. Mais je peux vous dire qu’avec mon navigateur, nous n’arrêtons pas de faire le Dakar dans nos têtes ! Nous avons déjà dû franchir trois fois la ligne d’arrivée ! Nous sommes dans les derniers détails, en insistant sur la préparation physique, avec beaucoup de course et d’haltères. On fait aussi toute une série de tests physiques, cardiaques et sanguins pour vérifier que notre condition est optimale.
Après une 4e place en 2007, pouvez-vous viser plus haut cette année ?
Au vu des tests que nous avons effectués en Allemagne, je pense que nous avons un camion très compétitif qui peut nous permettre d’entrer dans le top 5. Et les écarts sont tellement serrés que si vous êtes dans le top 5, vous pouvez prétendre à la victoire. Je pense que Stacey [le tenant du titre] reste le grand favori, même s’il aura beaucoup de pression. Il faudra également surveiller les Kamaz, qui ont de nouveaux camions très performants.
Ce Dakar sud-américain sera-t-il particulier ?
Mis à part les magnifiques paysages que nous allons découvrir, je ne crois pas que les nouvelles conditions auront une grande influence sur la hiérarchie. Personne ne sera à l’abri d’un problème technique Les meilleurs pilotes en Afrique seront les meilleurs pilotes en Amérique du Sud, et il faut s’attendre à ce que le top 5 soit identique. Ce qui serait plutôt bon pour nous…
Guerlain Chicherit (Fra – 306 – BMW)
Guerlain Chicherit : « Sans stress et sans angoisse »
Quadruple champion du monde de ski extrême, Guerlain Chicherit a découvert le Dakar en 2005. Rapidement repéré par Sven Qandt, ce touche à tout de génie a poursuivi son apprentissage du rallye raid au sein du team X-Raid, avec une 9ème place au classement général et une victoire de spéciale dès l’année suivante. Le montagnard compte notamment sur les hauteurs de la Cordillère des Andes pour continuer sa progression.
Guerlain Chicherit, vous avez quitté le Dakar 2007 sur une spectaculaire sortie de piste. Etes-vous totalement remis de cette douloureuse expérience ?
Je peux maintenant dire que je suis complètement guéri, mais j’ai eu des douleurs dorsales pendant près d’un an et demi. Et ce qui a été le plus long à dissiper, ce sont les appréhensions qui polluent le pilotage. Pendant très longtemps, je n’ai pas réussi à rouler détendu, car j’avais en permanence la peur de l’accident. Ce n’est que l’été dernier, précisément sur la Baja de Hongrie, que j’ai commencé à retrouver les sensations que j’avais avant.
Techniquement, la BMW X3 que vous conduirez vous permettra-t-elle de rivaliser avec Mitsubishi et Volkswagen pour les premières places ?
La voiture est très performante, mais notre problème s’est toujours situé au niveau de la fiabilité, car nous n’avons pas exactement les mêmes moyens qu’eux. Je sais que j’ai eu des problèmes techniques à plusieurs reprises cette année, notamment sur la Baja de Hongrie et sur le Pax Rallye. Théoriquement cela ne devrait pas se reproduire, car sur le Dakar nous aurons des véhicules totalement neufs. Mais je ne veux pas me fixer un objectif de classement qui risquerait de devenir une obsession : j’ai certainement les moyens de finir dans les trois premiers, mais je veux avant tout me faire plaisir, courir sans stress et sans angoisse.
Le changement de continent nous emmène en altitude. Ces nouvelles conditions vont plutôt dans votre sens…
Je pense que tous les pilotes de pointe auront pris le soin d’effectuer une préparation en altitude. Pour notre part nous nous sommes réunis pour un stage, où nous avons fait des simulations d’altitude. Je crois que ceux qui auraient négligé cette partie pourraient le payer. Même si nous passerons peu de temps en altitude, on peut perdre de la lucidité ou de la forme physique sur une ou deux spéciales, et les conséquences sont lourdes. Personnellement, je vis toute l’année à 2000 m, dans la station de Tignes, alors je n’aurai pas de problème d’adaptation.
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